Sur le bord de notre verre
Y a des traces de lèvres
Formées par le gras
D'un saucisson au noix

Sur le bord de notre verre
Y a de la mousse de bière
Qui restera accrochée
Jusqu'à la prochaine gorgée

Sur le bord de notre verre
Y a un peu de moisissure
Pour nous souvenir c'est sûr
Des guindailles de nos pères

Mais sur le bord de notre verre
Il y a surtout l'espoir
Que la prochaine bière
L'atteigne sans même choir


Sur le bord de notre verre
Y a des mains qui soutiennent
Les quelques centimètres
D'une boisson ruisselante

On entends des chants
Qui leurs aura plu
A défroisser le bitu
A tomber sous leurs bancs

Et ça sent la spéciale
Jusque dans le cœur des ivres
Que de grosses cruches invitent
A en servir encore

Puis se lèvent en demandant
Dans un bruit de tempête
Ouvrant leur braguette
Et sortant en quichant


Sur le bord de notre verre
Y a le rire des amis
Qui affonent sans l'avis
De quiconque sur terre

Ils se lèvent et ils chantent
Hurlant tel des animaux
Dans le son déchiré
D’une baise dans la soute

Ils montent sur les tables
Pour mieux s’entendre chanter
Jusqu’à ce que tout à coup
Le silence sévit

Alors le geste grave
Alors le regard fier
Le senior se lève
Et fait boire toute la salle


Sur le bord de notre verre
Y a nos lèvres qui boivent
Et qui boivent et reboivent
Et qui reboivent encore

Ils boivent à la santé
De tous les chanteurs
Et du praesidium
Enfin ils boivent pour eux
Qui leur donnent leur jolie voix
Qui leur donnent leur vertu
Pour une bonne guindaille
Et quand ils ont bien bu
Se plantent sur le bitume
Se mouchent dans leurs calotte
Et ils pissent comme je bois
Sur des verres brisés
Sur le bord de notre verre
Sur le bord de notre verre.
